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Communiqué  - 4333 visites  -  Impression (PDF) 

Trompe l’oeil

Trompe l'oeil

Pour sa rentrée 2007-2008, la galerie Paul Frèches est heureuse de présenter la première exposition parisienne de Rémy Lidereau, sélection de photographies tirées d’une série dont le titre suscite inévitablement interrogation, investigation, puis tentative de décryptage de l’image : Trompe-l’oeil. Ensembles urbains, semi urbains ou paysages : ces lieux dont émane un sentiment d’étrangeté sont prétextes à la reconstitution d’une réalité trompeuse, et, inversement, à la reconstruction trompeuse de cette réalité. Rémy Lidereau nous propose de voir le monde à travers un regard atypique, utilisant les codes de la photographie contemporaine, tout en se tournant vers l’une des problématiques originelles de l’esthétique photographique : son rapport à la réalité.

Des trompe-l’oeil (à l’origine)

Ce n’est qu’en 2006 que Rémy Lidereau donne ce titre à un ensemble de photographies réalisées entre 2003 et 2004 pour la plupart. Série donnant à voir la ville, ses banlieues, la campagne, Trompe-l’oeil propose des « fragments perceptifs » réalisés avec un appareil grand format, conférant haute précision à l’image. Cette dernière - après être scannée - est retouchée numériquement de manière sporadique et non systématique, moyen permettant au photographe de faire coïncider au plus près son impression première et une retranscription finale en deux dimensions, créant alors des points de bascule entre réalité et fiction, où le doute s’immisce. Souvenir trompeur / image trompeuse, étrangeté du réel et réalité virtuelle, ces jeux d’échos, ce glissement, constituent l’objet principal de la série Trompe-l’oeil. Les photographies de Rémy Lidereau marquent d’une empreinte singulière le questionnement relatif aux potentialités du médium, à travers une série brouillant les pistes. Les photographies sont ici toutes susceptibles de nous convaincre ou de nous dissuader de l’idée de réalité dans l’image photographique, ou, au moins, de la questionner.

Ce qui arrête notre regard, un court instant, c’est l’irruption de la fiction dans un univers auquel, à cause de ce que l’on pourrait appeler notre cécité quotidienne, nous ne savons plus prêter attention. Georges Perec, préface de L’oeil ébloui, Ceci n’est pas un mur, 1981

 

Trompe-l’oeil : titre et thème

Puteaux, France, novembre 2003 Série Trompe-l'oeil,
Tirage Lambda, 126 x 150 cm
Puteaux, France, novembre 2003
Série Trompe-l’oeil, Tirage Lambda, 126 x 150 cm

Il est tout d’abord important de préciser que le titre de la série est générique : il ne suppose surtout pas de système, encore moins une quelconque volonté d’illustration du thème du trompe-l’oeil. En effet, ce n’est qu’en 2007 que Rémy Lidereau intitule la série Trompe-l’oeil (2003-2006). Le titre a cependant son importance, puisqu’il va influencer directement la lecture des images. Sa relative polysémie permet en outre d’appréhender les réalités différentes qui coexistent dans ce travail, où l’on ne sait plus qui du photographe ou de la réalité trompe notre oeil, c’est-à-dire, notre regard.

De l’ambivalence du trompe-l’oeil

La photographie Puteaux, France, mars 2004, présente un « vrai » trompe-l’oeil. Elle est bien la seule dans la série qui puisse correspondre à sa définition littérale, soit, une peinture visant à créer, par des artifices de perspective, l’illusion d’objets réels en relief 2. Le reste de la série s’inscrit d’avantage dans la seconde définition du trompe-l’oeil — plus large — sans jamais s’y circonscrire non plus : apparence trompeuse, ou, chose qui fait illusion. Autrement dit, la série se positionne dans une perspective qui consisterait à tromper l’oeil du regardeur : c’est-à-dire, le faire douter de ce qu’il voit par le biais de l’outil photographique.

Mais du trompe-l’oeil, plutôt qu’une définition, retenons sa raison d’exister : nous faire oublier que l’image n’est qu’une représentation, une construction en deux dimensions. Néanmoins, si Rémy Lidereau souhaite effectivement que l’on puisse avoir le réflexe de se dire que ce qui est représenté existe — comme le veut le principe du trompe-l’oeil — c’est surtout l’ambivalence qu’il cherche à suggérer dans ses images. Autrement dit : Rémy Lidereau souhaite que l’on puisse tout aussi bien être sceptique face au contenu de l’image. Cette ambivalence rappellera l’appréhension, en deux temps également, qui se joue par exemple à la vue d’un trompe-l’oeil mural (interrogation, identification). Rémy Lidereau brouille les repères, inscrivant ce va et vient, entre certitude et incertitude du regard, séduction et résistance, au coeur de sa démarche. Il va dans la série Trompe-l’oeil jouer sur les deux tableaux, et parfois même, simultanément.

Puteaux, France, mars 2004 - (c) Rémy Lidereau
Puteaux, France, mars 2004 - © Rémy Lidereau
Série Trompe-l’oeil Tirage Lambda, différents formats

Chercher le trompe-l’oeil ? Une fausse piste Face à l’étrangeté de certains lieux, façonnée tant par leur choix que par la composition, le cadrage, la retouche numérique — tout ce que permet le medium photographique —, on sera tenté de rechercher le détail « qui tue », susceptible de tromper notre regard : face à un mur ou une façade hermétique ou bien à la vue d’un paysage a priori - trop — banal. Mais souvent, cette quête n’a pas de sens. Ce qui trompe l’oeil dans une photographie ne trouvera pas forcément de mécanisme lui faisant écho dans une autre. La différence d’échelle de l’une , le véritable trompe-l’oeil de l’autre, ou le trompe-l’oeil photographique sont autant d’exemples de Trompe -l’oe il différents dont il serait vain de rechercher systématiquement le piège, voire un piège de même nature. Toutefois, si l’on cherche, on trouvera cependant quelque réponse à notre quête de réel. Comme, par exemple, en débusquant l’improbable échelle d’un paysage mixte qui s’averra, à bien y regarder, composé d’éléments factices — une maquette — et d’éléments, naturels notamment, « à notre échelle ». Pourtant, nous l’avons déjà évoqué, c’est précisément ce type d’identification qui nous induira en erreur dans ce jeux de dominos paradoxal que constitue la série Trompe-l’oeil, en recherchant ailleurs ce qui n’est qu’une fausse piste.

Du « fragment perceptif » à l’image archétypale

Car bien souvent, la photo s’avère presque fidèle à la réalité qu’elle enregistre. Le « presque » correspond évidemment aux filtres du souvenir - du refoulement donc, aussi. Bref, il s’agit bien de l’imaginaire de l’artiste dont il est question ici, Rémy Lidereau retraduisant ce qu’il appelle des « fragments perceptifs », il tente de reproduire des lieux tels que sa première impression les a fixés dans sa mémoire. Notons par ailleurs que si toute une partie des photographies de la série est réalisée intuitivement, une autre est pensée : Rémy Lidereau va en effet remarquer, noter un endroit puis reviendra sur les lieux pour le photographier, toujours dans l’objectif de remonter à l’impression originelle dont il est ici question. Il y a, également, les filtres mis en place par la technique photographique, dont l’utilisation doit servir cette image mentale.

Image archétypale pourrait-on dire, Rémy Lidereau crée un modèle idéal dont l’homme est toujours absent : comme par exemple cette ville figée et silencieuse qu’il fixe à travers ses façades, et qui nous rappelle, à bien des égards, La Calade. Autant de contrastes suggérés, d’indices parasites volontairement tus. Subtiles, souvent insoupçonnées, jamais systématiques, les modifications de l’image enregistrée provoquent bien sûr elles aussi des questionnements.

Bâle, Suisse, novembre 2003 Série Trompe-l'oeil,
Tirage Lambda, 76 x 91 cm
Bâle, Suisse, novembre 2003
Série Trompe-l’oeil, Tirage Lambda, 76 x 91 cm

L’exposition trompe l’oeil Les photographies de la série sont autonomes et « fonctionnent » esthétiquement, indépendamment les unes des autres. Néanmoins, c’est bien un puzzle que Rémy Lidereau réalise, puzzle à plusieurs entrées dont chacune des pièces raisonne différemment selon la place qu’elles occupent entre elles dans l’espace d’exposition. Le format a donc ici toute son importance, puisqu’il contribue à brouiller les repères du spectateur en variant les échelles (certaines photographies ont en effet jusqu’à trois formats différents). La monstration est par conséquent un outil servant l’entreprise de sape des repères qu’est Trompe-l’oeil. Nous pourrions ici tenter un rapprochement avec le puzzle tel qu’il est décrit chez Georges Perec - auteur auquel Rémy Lidereau fait constamment référence dans le cadre de la série Trompe-l’oeil.

Aspects documentaires

En effet, chacune des photographies est ici froidement référencée, nous l’avons déjà évoqué. Mais développons : documentaire, le contexte (titre de l’oeuvre) précise le mois, l’année et le lieu de la prise de vue. Ces données, factuelles, d’ordres chronologique et géographique, nous rappellent que toutes ces images ne sont que des enregistrements d’une réalité qui préexiste à l’oeuvre. Elles contribuent à nous influencer dans la croyance que nous avons ou non des images que nous montre le photographe. Ces données paraîtront alors appropriées, ou, au contraire, en décalage avec l’image représentée. Revenons sur ces quelques images de la série qui font quasiment figure d’archétypes, comme par exemple Bâle, Suisse, novembre 2003. En cas d’absence de mentions factuelles, il serait parfaitement possible de laisser ici libre cours à son imagination, et donc à tous les champs interprétatifs auxquels cette image est susceptible d’ouvrir. Mais dans Trompe-l’oeil, toute impression d’irréalité est toujours mise en concurrence avec la réalité, confrontée immanquablement au référent spatio-temporel que constituent les titres des photographies.

Une série ouverte à l’interprétation

Cependant, les titres, qui ne se substituent en aucun cas à des explications, n’empêcheront pas le regardeur de se projeter dans un monde où l’absence de sujet et de récit encourage l’interprétation.

La-Celle-Saint-Cloud, France, mai 2006
La-Celle-Saint-Cloud, France, mai 2006
Série Trompe-l’oeil, Tirage Lambda, 101 x 120,6 cm

<b>Puteaux, France, mars 2003</b><br />Série d'études urbaines, Tirage Lambda
Puteaux, France, mars 2003
Série d’études urbaines, Tirage Lambda
<b>Lahti, Finlande, avril 2003</b><br />Série Trompe-l'oeil,
Tirage Lambda, 76 x 91 cm
Lahti, Finlande, avril 2003
Série Trompe-l’oeil,
Tirage Lambda, 76 x 91 cm
<b>Puteaux, France, mai 2004</b><br />Série Trompe-l'oeil,
Tirage Lambda, 101 x 120,6 cm
Puteaux, France, mai 2004
Série Trompe-l’oeil,
Tirage Lambda, 101 x 120,6 cm

Informations pratiques :

Trompe l’oeil
Photographies de Rémy Lidereau
Du 21 septembre au 17 novembre 2007
Galerie Paul Frèches ( Paris 18ème)
Entrée libre
Vernissage jeudi 20 septembre 2007 de 16h à 21h
 


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1 Message

  • 273 Trompe l’oeil
      25 septembre 2007 09:22, par Stephan

    Très très belle exposition...je ne connaissais pas cet artiste. Le travail est très classique, le sujet existe depuis que le médium existe...Et pourtant, des surprises pour l’oeil ! Stephan

      Répondre à ce message

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