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13/11/05 -
Par Laurent Fabry
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Une France vue du ciel

PPDA, que l’on ne présent plus, star incontestée et indétrônable du journal de 20 heures de TF1 - celui qui est le plus regardé - auteur prolifique d’une bonne trentaine d’ouvrages, et animateur d’émissions littéraires, s’intéresse ici à la photographie, et plus précisément aux paysages de l’hexagone. Un registre finalement très en phase avec sa sensibilité et son métier, même si celui-ci préfère sans doute les mots à l’image, car en effet, qui mieux que lui connaît à ce point la France, ses humeurs, ses soubresauts, ses contours et ses visages... Pour nous raconter son actualité en 30 minutes chrono, celui qui se trouve aux commandes, tous les soirs, d’un véritable marathon de l’information avec ses priorités et ses résumés, trouve ici l’opportunité d’un commentaire plus posé. Il s’envole avec Yann Arthus Bertrand pour nous présenter une France différente, une France vue du ciel.
Comme il l’explique dans les annotations personnelles complétant les légendes, YAB se considère comme un privilégié. Et pour cause, celui-ci possède, depuis le point de vue rêvé que lui offre l’hélicoptère, une vision sur les choses très différente de celle du commun de mortel, et assiste à des spectacles insoupçonnés. Les jardins à la française de Versailles se transforment en « calligraphies arabes », pour reprendre les mots de PPDA. L’ombre produite par la lumière rasante du soleil couchant transforme les passants à proximité de la statue du Roi-Soleil à Lyon en géants. C’est, au-delà de la célébration des plus beaux paysages et édifices, d’abord un recul nécessaire et de plus en plus employé en France et ailleurs. Pour une analyse technique et statistique de l’occupation du territoire en particulier, avec de moins en moins d’agriculteurs visibles dans les champs du fait de l’automatisation de l’agriculture par exemple. Mais aussi une vision immédiate, urgente, comme pour les catastrophes naturelles qui ont pu dévisager certaines région, et laissent parfois des traces profondes et durables : inondations, tempêtes, sécheresses. Des catastrophes qui n’empêchent pas pour autant le photographe de produire parfois des compositions graphiques étonnantes, comme avec ces arbres émergeant de la surface de l’eau, à Taponas dans le Rhône en mars 2001.
Un des aspects anecdotiques et à la fois chaleureux de ce livre tient dans le commentaire de leurs auteurs. Les images et leurs légendes comportant déjà une grande richesse documentaire, ces derniers en ont profité pour ajouter leur pensées et réactions. Philosophie sur la vie, constats de l’action de l’homme sur la nature, pistes sur la préservation du patrimoine et de l’environnement, ou encore souvenirs personnels selon l’affection éprouvée pour certaines régions. Dont les inévitables vacances sur la cote atlantique qui bercera l’enfance de chacun d’entre eux...
De plus, les légendes et ces commentaires personnels sont suffisamment brefs pour être parcourus rapidement tout en appréciant pleinement les photographies. Les informations contenues dans ce livre nous concernent si directement, nous autres français, que l’on aura au moins autant d’intérêt et de plaisir à toutes les consulter que lorsque l’on a pu lire le premier opus du genre, La Terre vue du Ciel. Une France vue du ciel étant d’ailleurs un peu moins gros, l’ouvrage reste relativement agréable à prendre en main malgré un format plutôt imposant.
Le livre fait la part belle aux monuments historiques - lesquels ne manquent pas en France - érigés vers le ciel. Qu’ils soient recouverts d’or, comme l’obélisque de la place de la Concorde à Paris, installée il y a 3300 ans, le dôme des Invalides. Ou de verre, comme la pyramide du Louvre, non loin de là. YAB nous en offre des vues insolites et spectaculaires, comme les tours de la cathédrale Sainte-Croix à Orléans (culminant à 81 mètres), baignées dans une mer de nuages.
Également, parmi les sites les plus hauts perchés, ceux qui sont des véritables emblèmes de l’hexagone, devenus des rendez-vous quasi incontournables pour tous les touristes étrangers, et qui nous font dire que la France est le pays le plus visité au monde (il n’y a qu’en France que l’on dit ça...) : la tour Eiffel, bien sûr, qui accueille en moyenne 15 000 visiteurs par jour. Mais aussi le Mont Blanc, 3ème site naturel le plus fréquenté de la planète, autant dire un lieu relativement menacé du point de vue écologique.
Si l’on devait oser aborder l’aspect technique de son travail, on pourrait dire que si Yann Arthus Bertrand est devenu le plus grand spécialiste de cette discipline, une photo aérienne reste une photo aérienne. A priori, l’exercice demande une telle préparation et un tel savoir-faire (autorisations de vol, matériels, conditions météo, connaissance du terrain, etc.) qu’il est sans doute assez délicat, pour le photographe, d’imposer en plus sa patte, de développer un style particulier. YAB travaillant surtout au boîtier reflex (format 35 mm), il n’y a pas non plus de surenchère du point de vue qualitatif. Ses images sont des clichés documentaires, comme les fabriquent la majorité des reporters aujourd’hui. Du reste, ceux qui ont travaillé dans ce registre ont plutôt choisi de privilégier chaque fois sujet particulier. Pour Bernhard Edmaier, les peintures abstraites de la géologie de la terre, pour Philip Plisson, Peintre de la Marine, la découpe du rivage côtier et la force de l’océan, pour Olivier Lasserre et son livre l’art de la terre, le graphisme des cultures agricoles. Néanmoins, à force de voir le travail de Yann Arthus Bertrand, et à la lumière de ses annotations, on peut déceler quelques caractéristiques que l’on retrouvera dans certaines de ses images. D’abord, comme il le dit lui-même, un certain goût pour l’empilement. Celui des carcasses de voitures dans une décharge par exemple, ou l’arrangement esthétique de celles-ci, coulées dans le béton de l’installation du sculpteur Arman. Également, une apparente préférence pour les lumières du soir, notamment lorsqu’il s’agit de souligner le dessin des édifices construits par l’homme : la basilique Notre-Dame-de-Fourvière à Lyon, l’Arche de la Défense à Puteaux et le génie de la Liberté de la place de la Bastille à Paris ou encore le château carton-pâte de Disneyland Resort Paris à Marne-la-Vallée. Il isole ainsi son sujet en jouant sur la pénombre environnante et la chaude lumière rasante du soleil couchant. Un sujet qui parfois même s’impose à lui au point que celui-ci doive en privilégier quelques détails, alors que la prise de vue initialement prévue devait embrasser tout l’ensemble, comme par exemple pour la cathédrale de Reims. Cette sensibilité, et cette capacité de pratiquer l’incision dans le décor grâce à l’utilisation de puissants téléobjectifs, procure à l’ouvrage une grande diversité non seulement de sujets, mais également au niveau de leur traitement, évitant à l’ensemble de se limiter à un vaste album de paysages.
Informations pratiques, notation et achat :
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Parution : 19 octobre 2005 Format : 30 x 3 x 32 cm, relié 336 pages ISBN : 2732433063 Prix : 49 euros Note sujet : 5/5 Note photos : 5/5 Note textes : 5/5 Note esthétique : 5/5 |
En savoir plus sur :
- Yann arthus-bertrand Photographe
- Patrick poivre d’arvor Auteur
- La Martinière Editeur
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