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16/05/05 -
Par Laurent Fabry
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War photographer

Une microcaméra sur l’objectif de James Nachtwey
Au-delà de ce qu’il raconte sur la guerre, la misère, et l’inégalité des peuples et des hommes, des notions déjà véhiculées par James Nachtwey dans ses photos, de nombreux détails de la personnalité du photographe transparaissent dans ce document exceptionnel. On constate d’abord à quel point la photographie est un acte en soit, contrairement à d’autres approches journalistiques qui consistent à écouter, et donc à communiquer avec quelqu’un. Souvent il ne faut au photographe qu’un regard pour se faire accepter, même si évidemment rien n’est simple, et le travail d’approche, de reconnaissance, de contact, doit prendre un temps fou pour pouvoir arriver sur le terrain dans des conditions propices. La raison d’être du photographe, c’est ce qu’il a sous les yeux. Nul besoin d’expliquer avec des mots, les paroles sont de trop puisqu’à elle seule, l’image doit pouvoir tout décrire, tout raconter. C’est donc un travail solitaire, un état de quasi introspection, avec pourtant l’impératif de percevoir absolument tout de son environnement proche, de ne pas rester une seconde de trop si la situation devient périlleuse, et de toujours savoir si l’on est au bon endroit. C’est l’art de se placer au milieu de l’action pour en saisir le meilleur point de vue, celui qui sera le plus parlant, le plus pertinent, celui qui peut offrir une clé pour comprendre le problème.
James Nachtwey, témoigne, parce qu’il cumule les prix et les marques de reconnaissance du métier, et aussi parce qu’il a su rester en vie, du talent exceptionnel qui l’anime. Le voir sur le terrain, avec à la fois la perspective embrassée par son objectif d’un côté, et de l’autre son visage, parfois noirci par les heures passées à ramper, les yeux injectés de gaz, pleurant ou suffocant, atteignant les limites de sa fatigue physique, est quelque chose de tout à fait spectaculaire. Mais le plus intéressant, sans doute, c’est de comprendre pourquoi il fait cela.
Le témoignage des quelques proches que son métier - caractérisé par l’absence et le dévouement exclusif et sans bornes pour son travail - lui a quand même permis de conserver, indique que sa détermination a bien sûr toujours été de devenir un grand photographe. Pour James Nachtwey, un grand photographe, c’est à priori d’abord quelqu’un capable de capturer les images les plus fortes, c’est aussi un perfectionniste, capable de passer des heures au labo pour exploiter jusqu’au bout toutes les informations qui ont pu être inscrites sur un petit morceau de film de quelques centimètres de côté, mais c’est aussi et surtout quelqu’un qui s’efface derrière la douleur, la peine et l’injustice du témoignage qu’il aura apporté. Là l’ego n’existe pas, et aucun discours n’est plus utopiste, futile ou inutile lorsque l’on sait l’investissement personnel avec lequel les images ont été faites.
Constater que l’on peut à ce point maîtriser un exercice aussi techniquement périlleux, physiquement éprouvant, moralement destructeur, et le faire dans une seule démarche de discrétion et d’humanisme, reste extrêmement surprenant, cela porte au plus haut la valeur que peut revêtir le métier de photographe de guerre. Lorsque James Nachtwey inaugure une exposition qui retrace 20 années de ses photos et qu’il confie à son ami en chuchotant qu’il est épuisé, on le croit sans l’ombre d’un doute. Pourtant, ce dernier est toujours sur le terrain, il a d’ailleurs été blessé en Irak il y a quelques temps...
Présentation de l’éditeur
La devise de Robert Capa était « si vos photos ne sont pas assez bonnes, vous n’êtes pas assez près ».
Considéré par ses pairs comme le plus talentueux photographe de guerre contemporain, James Nachtwey a été assez près pendant 20 ans. En Afghanistan, Bosnie, Rwanda, Irlande du Nord ou Somalie, il a vu plus de morts et de désolation que quiconque.
Pendant deux ans, Christian Frei l’a accompagné, alors qu’il parcourait les multiples plaies de la planète, dans sa recherche toujours recommencée de la bonne image. Au Kosovo, quand les maisons brûlent ; en Indonésie, quand une famille de mendiants passe sa vie entre deux voies ferrées. « Chaque seconde, j’avais envie de fuir cet endroit », confie James Nachtwey au cours du film. « Mais faillait-il fuir cet endroit ou rester, et tâcher d’assumer la responsabilité d’être là avec un appareil photo ? »
Grâce à une mini-caméra fixée au-dessus de son appareil photo, le spectateur a accès à la perspective même du photographe quand il balaie le champ d’action à travers son objectif, sélectionne un cadre, appuie sur l’obturateur. L’oeil du spectateur devient l’oeil du photographe. Entre cette vue subjective et la scène filmée à quelques mètres de distance par une seconde caméra, la mise en abyme est totale. A la fois captivant et effrayant.
Infos pratiques, notation et achat :
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24 euros Réalisation : Christian Frei Langue 1 : français Sous-titrage 1 : français Qualité : Stéréo, couleur Durée : 96 minutes |
En savoir plus sur :
- James nachtwey Photographe
- Christian frei Auteur
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