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Until the end

Until the end

L’exposition du mois de juin racontera la collaboration entre le journaliste-critique Thomas Erber et le photographe Benoît Peverelli ; une rencontre marquée d’aventures de par le monde qui s’exprimera à travers un voyage imaginaire en images et en paroles.

Une nuit pour parcourir les quelques miles qui séparent l’ile d’Anguilla de St Martin, Thomas Erber, en pleine parano enfumée, a été obligé de faire appel au service express du hors-bord de trafiquants de drogues Caribéens (affrété par le propriétaire « higginsien » de l’hôtel où il séjournait…) pour ne pas louper un avion qui partait à l’aube afin de rejoindre Miami. Tout ça pour être à l’heure à un déjeuner avec Gloria Estefan que Benoît Peverelli devait photographier au dessert. Une fois le pied à terre sur le quai du port Brésilien de Salvador, ils s’en allèrent écouter une école de samba se produire dans une favela, pendant que Thomas se faisait escroquer par un vendeur de rêves, Benoît en profita pour tomber amoureux d’une fille qu’il ne quittera plus pendant de nombreuses années jusqu’au jour où… Une nuit, il a lu le New Yorker en entier sous la tente qui lui servait d’abri pendant son ascension du Kilimandjaro. L’altitude l’empêchait de dormir. Mais il l’emporte toujours en voyage pour le lire de la première à la dernière page, un acte de résistance vu que c’est l’un des derniers magazines où il y a toujours plus à lire qu’à regarder… bientôt les gens ne liront plus, ils ne feront que regarder, même pas… il ne feront que voir. Les insomnies d’altitude, Thomas Erber les avait déjà fréquentées dans la cordillère des Andes mais là Benoît dormait bel et bien déjà. Thomas Erber a rencontré Benoît Peverelli en Mars 98. C’était à Nolita, quartier alors encore fréquentable du bas de Manhattan. Au café Gitane, idem. Ils devaient faire un reportage avec Lenny Kravitz - qui n’était pourtant pas leur artiste favori… Enfin Erber avait conservé un faible pour l’album Let Love Rule. Benoît Peverelli se déplaçait déjà en vélo et Thomas Erber n’avait déjà pas dormi. Un matin à Punta Arenas, devant le détroit de Magellan, Thomas a passé des heures à observer le soleil se lever à travers la fenêtre d’un bar en discutant avec Gina, une prostituée hyper sympa et avec qui il n’a pas couché. Mais elle lui a raconté pleins d’histoires sur la ville. Du coup lui non plus n’avait plus besoin de lire. Il n’avait plus qu’à écouter. Donc Benoît Peverelli habitait alors à New York. Aujourd’hui, même disons depuis 2002, il dit qu’il habite Paris car il s’est fait virer des Etats-Unis l’année où deux jumelles disparurent en plongeant le monde occidental dans un désarroi mutique. Mais il est Suisse et n’y était pour rien dans tout ça, de toutes les manières, son meilleur ami et mentor venait de mourir, ses archives parties en poussières sous l’une des deux jumelles, le petit dernier des Kennedy venait de disparaître et l’obscurité venait de tomber sur ce monde là.

(c) Benoît Peverelli
© Benoît Peverelli

Thomas Erber vit à Paris depuis 1970. En gros depuis sa naissance, même s’il a passé l’année 92 à Montréal. Mais cette année-là, God Speed Your Black Emperor n’existait pas encore donc il n’avait que les traces de Leonard Cohen à suivre. Ce qui l’arrangeait bien, car c’était son artiste préféré – il l’est toujours. Leur tout premier voyage consista à remonter une filière musicale haïtienne de New York à Haïti en compagnie de Jephtée Guillaume. Ils l’ont commencé sur Flatbush Avenue, à Brooklyn, et par un beau jour férié, et l’ont terminé dans un bar de Port Au Prince fermé depuis plusieurs heures déjà, mais avec la police tapant l’incruste et non loin du mythique Olofson - hôtel cher au cœur de Jonathan Demme et David Byrne. Sans vraiment se concerter, ils ont ainsi entamé une série de voyages qui les a menés aux quatre coins de la planète, sans jamais se plaindre ni même trop en parler. Le voyage passe aussi par l’art de ne pas la ramener.

(c) Benoît Peverelli
© Benoît Peverelli

Tous ces reportages qu’ils ont co-réalisés, et même s’ils ont aussi beaucoup travaillé sans l’un ni l’autre, furent un jour - ou l’autre justement publiés dans des magazines dits de mode. Encore un espace où l’on pouvait trouver plus de liberté qu’ailleurs. Cela dure-t-il, cela existet- il encore ? Personne n’est aujourd’hui capable de prédire l’état de la presse à venir sinon en ratiocinant. Le papier n’a vraiment plus la côte et finira sans aucun doute comme les vinyles, adoubé aux seuls initiés. Ils ne se sont pas pris pour autant au sérieux, malgré les plus de cinq cents portraits et interviews qu’ils avaient déjà réalisées partout dans le monde. Mais le monde ne tournait déjà plus rond. Protagonistes… ou épouvantails, c’est ce qu’ils pensaient être devenus au fil d’années passés à sillonner le Monde. Mais à la recherche de quoi au juste ? Pourquoi y aurait-il un message spécifique aux voyages accélérés, pourquoi la notion de quête ne seraitt- elle pas qu’un subterfuge. On pouvait aussi prendre le voyage comme une errance, du moins l’ultime ! Le miracle pour eux finalement, c’était l’absence de fin, une manière comme on veut de se retrouver libre. De pouvoir transgresser toutes les règles parce que ne les connaissant que trop bien ils savaient comment s’en défaire au mieux.

(c) Benoît Peverelli
© Benoît Peverelli
(c) Benoît Peverelli
© Benoît Peverelli
(c) Benoît Peverelli
© Benoît Peverelli

Informations pratiques :

Until the end
Photographies de Benoît Peverelli
Du 29 mai au 30 juin 2007
Chez Colette (Paris, 1er)
 


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