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Communiqué  - 983 visites  -  Impression (PDF) 

VU’ à Orsay

VU' à Orsay

Le musée d’Orsay fut, jusqu’il y a quelques mois, le plus récent des musées nationaux en France. Ouvert à la toute fin de 1986, sa conception remonte à 1978 quand, à la demande de Valéry Giscard d’Estaing, fut créé l’établissement public de préfiguration du musée sous la direction de Jean Jenger. Michel Laclotte, qui avait dirigé le département des peintures du musée du Louvre et était alors à la tête de l’Inspection des musées classés et contrôlés, fut chargé de la conception du programme scientifique et muséographique. Il rassembla autour de lui l’équipe des conservateurs jusqu’à l’ouverture. L’idée de consacrer un musée tout entier à l’art de la seconde moitié du XIXe siècle n’allait, alors, pas de soi. Ce n’est pas la moindre réussite d’Orsay d’avoir su faire passer cette innovation, dont la mise en œuvre choqua certains, au rang des évidences culturelles.

L’idée était en effet révolutionnaire ; le musée d’Orsay était alors le premier musée consacré à une courte période chronologique - de 1848 à 1914, 70 ans, à peine la durée d’une vie humaine -, le premier aussi à embrasser une aussi large amplitude géographique, couvrant l’ensemble de l’art occidental. Amplitude géographique enrichie par un postulat pluridisciplinaire, alors unique ; bien que créé en partie pour permettre une présentation plus harmonieuse des tableaux des peintres impressionnistes que les espaces, prestigieux mais exigus, du Jeu de Paume ne le permettaient, le musée d’Orsay affirma, dès sa création, sa volonté de montrer non seulement la peinture mais aussi la sculpture, l’architecture, les arts décoratifs et la photographie. Il n’est, bien sûr, pas question ici de sonner le glas de la nostalgie, mais de rappeler quel fut depuis 1978 le chemin parcouru et le rôle essentiel joué par le Musée d’Orsay pour l’enrichissement de la connaissance de l’art du XIXe siècle. Le succès public ne s’est jamais démenti : en vingt ans, près de 52 millions de personnes ont souhaité, comme les premiers visiteurs parfois intrigués, souvent éblouis, découvrir la diversité des arts de la seconde moitié du XIXe siècle. Le chemin, bien sûr, n’a pas été arpenté seul ; l’une des grandes forces du musée est d’avoir su, à peine né, trouver sa place parmi les grandes institutions françaises et étrangères. Dès sa fondation, le musée d’Orsay a mis en œuvre un programme d’expositions temporaires varié et ambitieux associant plusieurs institutions. Les grandes monographies des années 1980 aux Galeries nationales du Grand Palais - Édouard Maneten 1983, Edgar Degas en 1988, Paul Gauguin en 1989, Georges Seuraten 1991, Henri de Toulouse-Lautrecen 1992 - furent l’occasion d’études approfondies sur les grands artistes de la période, en lien avec le contexte créatif de leur époque. Les expositions Aux origines de l’impressionnisme en 1994 au Grand Palais et Manet-Velasquezen 2002 à Orsay ont permis d’analyser des thématiques nouvelles et de souligner les filiations et les ruptures entre les artistes présentés et la tradition picturale, comme avec l’art de leur temps. Les expositions Nadar, les années créatrices en 1994 et Alfred Stieglitz et son cercle en 2004, toutes deux présentées à Orsay, furent parmi les premières grandes monographies de photographes. La conception, à partir du milieu des années 1990, d’un ensemble d’expositions dédiées à des artistes ou à des courants étrangers a permis de réaffirmer la vocation du musée à présenter au-delà de l’art français : Munch et la France en 1991, Adolph Menzel, la névrose du vrai en 1996, l’organisation d’une saison anglaise autour de l’exposition consacrée, pour la première fois en France, au peintre Burne-Jones en 1999, d’une exposition pluridisciplinaire sur l’art de l’Italie en 2001, L’Art italien à l’épreuve de la modernité, ou plus récemment l’exposition consacrée à L’Art russe dans la seconde moitié du XIXe siècle, en quête d’identité. La pluridisciplinarité des collections et du projet d’Orsay s’est ainsi exprimée dans la programmation des expositions : les différentes saisons anglaises, italiennes et russes l’ont soulignée, comme les expositions 1900au Grand Palais en 2000 et Les Origines de l’abstractionà Orsay en 2003. La réalisation depuis 1986 d’expositions de moins grande ampleur mais conçues autour de sujets précis, souvent inédits, a permis d’ouvrir de nouvelles pistes de recherche, de construire un propos alliant les beaux-arts à la musique, le théâtre ou le cinéma.

Gabriele Basilico, Juan Manuel Castro Prieto, Stanley Greene, Rip Hopkins et Richard Dumas...

Divers par leurs origines, leurs points de vue, leurs formations, leurs sujets de prédilection, les techniques qu’ils emploient, leur association autour du musée d’Orsay promettait de se révéler heureuse, audacieuse, variée.Serge Lemoine, (Président du musée d’Orsay / Avant-propos-extrait)

 

Gabriele Basilico a cherché, en photographiant l’architecture du musée, à souligner l’ampleur des volumes de l’ancienne gare. Rip Hopkins a souhaité photographier les collaborateurs de l’établissement dans des lieux insolites, souvent cachés ; il a laissé les « modèles » libres du choix de leur pose et de leur attitude, leur demandant de décider eux-mêmes l’instant de la prise de vue. La composition très maîtrisée de ses photographies met en valeur l’étrangeté de certaines de ces poses. Juan Manuel Castro Prieto a longtemps travaillé comme photographe dans les musées espagnols. Il signe au musée d’Orsay un ensemble de photographies intrigantes où les œuvres sont moins reproduites que mises en valeur grâce à un soin attentif à l’éclairage, au temps de pose et au choix de cadrages partiels qui dévoilent et magnifient certains détails. Richard Dumas a choisi de réaliser des portraits des conservateurs en plan très serré ; en jouant avec la lumière naturelle, il donne à ses tirages noir et blanc des effets de contraste volontairement marqués. Stanley Greene a travaillé autour des visiteurs du musée ; les images montrent le public dans sa diversité, retiennent le regard attentif de l’un comme la lassitude d’un autre, l’isolement volontaire du passionné devant l’œuvre comme la joie bruyante et collective d’un groupe distrait. L’admiration des cinq photographes pour le lieu et ses collections est profonde ; ils ne sont pas tombés pour autant dans le piège de la déférence ou de l’hagiographie. L’impertinence, l’ironie peut-être, ne sont pas absentes de certaines de leurs épreuves. Leurs images dévoilent ici un musée ouvert où l’esprit d’invention et d’audace de la conception demeure.Dominique de Font-Réaulx, (conservateur au musée d’Orsay / Préface - Extrait)

 

Gabriele Basilico

Giona et la baleine de pierre. Enfant, ma grand-mère m’emmenait souvent à l’église et puisqu’on habitait le centre de Milan de temps en temps on entrait dans le dôme, la cathédrale gothique de la ville. Je me souviens de la perception d’un espace infini, d’une solennité mystique, où les nefs s’enfuient vers le haut, dans un espace imprégné d’une brume très fine. J’éprouvais la sensation enivrante de se perdre dans l’infini, de se sentir tout petit dans l’illimité. Peut-être que la gare d’Orsay, elle aussi, a été conçue, comme beaucoup d’oeuvres architecturales publiques du XIXe siècle, pour susciter le respect et impressionner la population. Je m’imagine le flux des passagers sur les quais, les voix des porteurs, les adieux des parents, le sifflement des chefs de train. Aujourd’hui le musée d’Orsay conserve ce rapport dimensionnel. La présence des oeuvres exposées, l’envahissement de sculptures visibles d’un même point de vue font « oublier » la grandeur spatiale du projet original. En se rendant au sommet du bâtiment, depuis ses « miradors », on découvre des points de vue spectaculaires. Le plus surprenant c’est de découvrir, à l’intérieur de la structure de la voûte, un parcours secret, un passage entrelacé dans un ensemble de matériaux : un « voyage étonnant » dans le corps d’une énorme baleine, une plongée imprévisible entre deux surfaces. Un lieu inaccessible, une zone pour les « désaxés » qui réunit le présent et le passé.Gabriele Basilico

 

Gabriele Basilico, 2006.
Gabriele Basilico, 2006.
© Gabriele Basilico / VU’, La façade nord du musée d’Orsay vue du quai François Mitterrand.

Rip Hopkins

Rip Hopkins, 2006. (c) Rip Hopkins / VU' Série consacrée au personnel du musée d'Orsay. Dans la galerie permanente de photographie.
Rip Hopkins, 2006. © Rip Hopkins / VU’
Série consacrée au personnel du musée d’Orsay. Dans la galerie permanente de photographie.

Muses d’Orsay répond à une commande du musée d’Orsay et de l’Agence VU’ où il s’agissait de photographier les employés du musée sur leur lieu de travail. Le musée d’Orsay abritant la collection nationale des oeuvres du XIXe siècle, j’ai proposé à chacun de se photographier lui-même avec un déclencheur à poire comme à l’époque. Chacun a eu droit à 10 prises de vue, c’est-à-dire une pellicule. Chacun a choisi quand et comment il souhaitait se photographier. Chacun est devenu un artiste le temps de la prise de vue et assume ainsi une responsabilité face à sa propre image.Rip Hopkins

 


Richard Dumas et Juan Manuel Castro Prieto

Passerai trois jours de juillet à hanter le musée d’Orsay, des lundis de préférence puisque c’est fermé. Les quinze personnes - conservateurs en poste au musée -, dont je dois faire le portrait, m’aideront à recueillir la même lumière qui accueillait les voyageurs de l’ancienne gare. Entre chaque séance-photos, je retournerai voir L’Indolente de Pierre Bonnard. Dans l’ombre, ce sera elle qui donnera le ton. Note d’intention (un peu risible comme toutes les notes d’intention) écrite un mois avant de débuter cette série, à ma seule destination puisque j’avais la chance (l’angoisse aussi ! ) que l’on me donne carte blanche. J’ajoute mes sincères remerciements aux modèles, je sais quelle torture c’est.Richard Dumas

 

Juan Manuel Castro Prieto, 2006 (c) Juan Manuel Castro Prieto /VU' Gustave Moreau, Orphée(détail)
Juan Manuel Castro Prieto, 2006
© Juan Manuel Castro Prieto /VU’ Gustave Moreau, Orphée(détail)

En arrivant au musée, j’ai regardé les peintures et les sculptures avec des yeux de maraudeur. Tout y était si beau ! Je voulais les posséder, les ramener chez moi... Non, c’était bien trop dangereux ! Alors par la photographie j’ai élaboré un plan ; je les transformerai en photographies. Pour éviter les soupçons, j’en modifierai l’aspect extérieur avec mes outils, je les rendrai plus floues. Je les recadrerai, j’en altérerai les couleurs, sans que personne ne se doute que par ces photographies j’en aurai saisi les âmes. Un jour, elles seront à moi. Rien qu’à moi, au Voleur d’Âmes.Juan Manuel Castro Prieto

 


Stanley Greene

Ce que je trouve fascinant, c’est que l’on croit que c’est le public qui regarde les tableaux et les sculptures exposés mais en fait ce sont eux qui le regardent. Les oeuvres sont ici des preuves du passé, mais vous sentez encore la vie, et ce sentiment est troublant. Vous pouvez tourner le dos aux oeuvres exposées, retournez-vous et vous verrez qu’elles continuent de vous fixer du regard. C’est cela que j’ai essayé de saisir dans ce projet : nos os deviendront notre passé. Et lorsqu’on quitte le musée, on y laisse une part de nous-mêmes.Stanley Greene

 

 Stanley Greene, 2006. (c) Stanley Greene / VU' Série consacrée au public du musée d'Orsay. Dans la salle des Colonnes.
Stanley Greene, 2006. © Stanley Greene / VU’
Série consacrée au public du musée d’Orsay. Dans la salle des Colonnes.

Ils ont tous les âges, viennent du monde entier, envahissent la grande nef et les petites salles et là, chacun à son rythme, ils se confrontent aux oeuvres. Ce sont les publics du musée d’Orsay, impossibles à résumer tant leur diversité est la première des évidences, mais qui confluent souvent vers les mêmes « stars », de Van Gogh à Monet, de Courbet à Gauguin et Degas, entre autres. Leur cheminement, leur posture, de la contemplation, seul, en couple ou en groupe, à la très sérieuse prise de notes ou esquisse de croquis créent, inventent et renouvellent sans cesse l’ambiance du musée. Stanley Greene, oubliant pour quelques jours les champs de bataille de Tchéchénie, d’Irak ou du Liban, s’est attaché à restituer cette ambiance, avec ses temps forts, ses plages de calme, ses moments de vie, ses amoureux rigolards ou fougueux, ses bouillonnements et ses solitudes. Dans les rectangles qui pointent l’intensité d’instants infimes comme dans l’extension des panoramiques soulignant les rythmes de l’espace, il fait vibrer les gris pour que les noirs ou les blancs purs structurent sa visite attentive, empathique. Et il rappelle, de quelques touches qui de nuit, laissent place à des apparitions, que la visite commence à l’extérieur.

 Neuflize Vie, mécène des images depuis de nombreuses années, a souhaité s’associer à la célébration des 20 ans du musée d’Orsay en soutenant le projet VU’ à Orsay, une carte blanche donnée à cinq des plus grands photographes de l’agence VU’ pour mettre le musée en images, avec à la clé une exposition et la publication d’un ouvrage.


Informations pratiques :

VU’ à Orsay
Du 5 décembre 2006 au 29 juillet 2007
Du 5 décembre 2006 au 28 janvier 2007 (Gabriele Basilico)
Du 20 février au 1er avril 2007 (Rip Hopkins)
Du 17 avril au 27 mai 2007 (Richard Dumas et Juan Manuel Castro Prieto)
Du 12 juin au 29 juillet 2007 (Stanley Greene)
Musée d’Orsay (Paris,7ème)
 


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