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6/05/08 -
Par Agnès Matha (usage interdit)
Communiqué
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Vieux Croyants de Russie

Que recouvre ce titre étrange ? Qui sont ces Vieux-croyants de Russie ? Plus qu’un voyage visuel, grâce aux photographies d’Ivan Boiko nous pénétrons l’Histoire, un pan de la culture de la Russie pour plonger au cœur de l’Oural et de l’Altaï dans des territoires méconnus mais riches d’une communauté volontairement préservée du temps et des affres de la modernité. Et c’est bien là toute la gageure de ce livre puisque cette communauté rejette théoriquement toute innovation postérieure à 1666, et donc la photographie. Comment dès lors ne pas sombrer dans le voyeurisme en donnant à voir ces hommes et ces femmes qui tentent de vivre loin du regard des autres pour se conformer à leurs règles de vie ?
Vieux-croyants de Russie n’est pas un livre de photographies comme les autres. Il s’ouvre d’abord sur un long texte de Benoît Coutancier, Conservateur en chef du Patrimoine du Museon Arlaten ; bien plus qu’un texte il s’agit en réalité d’un véritable éclaircissement, un prélude indispensable aux images d’Ivan Boiko et sans lequel elles ne livreraient pas tout leur sens ni leur profondeur, ce qui leur serait préjudiciable, tout autant qu’au lecteur. Ces premières pages ont donc vocation à resituer dans l’Histoire russe, et au-delà dans l’Histoire religieuse chrétienne et orthodoxe en particulier, la genèse de la création de cette communauté. Le livre s’inscrit dès lors dans une démarche de découverte de l’Autre et de l’Ailleurs ; Ivan Boiko a effectué plusieurs voyages entre 2000 et 2003 dans une Russie campagnarde et paysanne pour saisir l’environnement et pénétrer l’intimité de ces Vieux-croyants qui refusent les progrès du monde extérieur, que certains assimilent à une source de corruption religieuse et identitaire. Il nous fait entrer dans un monde clos, a priori inaccessible, qu’à force de patience il a su peu à peu amadouer. Son travail artistique de grande qualité s’est alors doublé d’une véritable approche ethnographique de son sujet.
Le livre est « découpé » en plusieurs chapitres qui nous offrent à voir différentes scènes de vie pour finir par approcher les rites les plus ancestraux et symboliques de la communauté. L’on pénètre d’abord chez certains de ces Vieux-croyants par l’extérieur. Le photographe russe nous invite à aborder leur univers par les paysages environnants, la nature dans laquelle ils vivent en si belle harmonie depuis plus de trois siècles. Parti pris d’Ivan Boiko que de nous guider dans cette communauté par la pointe des pieds ? comme s’il voulait se faire discret, par politesse et respect de leurs coutumes ou pour saisir leur mode de vie dans sa globalité, car comment tenter de comprendre leur quotidien sans en référer à la terre sur laquelle ils se sont installés loin, très loin, de toute agglomération parfois synonyme de dépravation, et qu’ils cultivent pour vivre.
Les magnifiques images en noir et blanc nous entrainent sur des chemins balayés par le vent et séchés par le soleil printanier. Les murs des maisons y sont en bois et les toits en tôle. Ici, pas d’asphalte, mais des arbres à perte de vue et des animaux qui paissent tranquillement. Concession récente à la modernité, des câbles électriques passent au-dessus des toits et parfois quelques véhicules à moteur sont visibles..
Peu à peu Ivan Boiko nous ouvre les portes de la communauté, on s’immisce progressivement dans son intimité, le photographe saisit des portraits, les détails de la vie de ces Vieux-croyants, les peaux flétris comme des pommes au soleil, les intérieurs rustiques, les petits gestes d’un quotidien qu’on croyait abandonné, la cuisine faite au bois.
La plupart des femmes ont les cheveux recouverts d’un foulard, les hommes les plus âgés portent une longue barbe blanche. Visages burinés, mains froncées par le travail. Les enfants ont le regard malicieux et espiègle de la jeunesse que n’entame pas un mode de vie que l’on devine rigoureux.
On avance dans le livre à pas lents comme on avance dans la connaissance de l’autre. De l’extérieur des habitations et des portraits l’on passe à des moments de vie très symboliques, les baptêmes puis la cérémonie de Pâques qu’Ivan Boiko photographie sans ostentation. Les femmes les plus âgées, libérées des contraintes familiales et professionnelles, jouent un rôle prépondérant dans la préservation et la transmission des traditions des Vieux-croyants.
La richesse de l’œuvre du photographe est de nous montrer ces célébrations intemporelles avec retenue, sans immixtion déplacée. Par l’ensemble de ses images il conserve les traces d’une communauté qui continue à résister contre les assauts du temps, non dans l’idée de la figer pour l’immortaliser comme on serait tenté de le faire d’une population en voie de disparition. Ivan Boiko, par la grâce de ses photographies, rend la communauté des « Vieux-croyants » bien vivante, ancrée dans des croyances et des rites ancestraux respectables, rare exemple de survivance de traditions dans le respect des convictions, à l’heure où la notion de globalisation tend à uniformiser les comportements et les modes de pensées.
Informations pratiques, notation et achat :
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Relié : 173 pages Parution : 31 décembre 1999 Collection : COEDITION ET MU Langue : Français ISBN-10 : 275720002X ISBN-13 : 978-2757200025 Nos appréciations : Intérêt du sujet : 5/5 Photographies : 4/5 Texte : 4/5 Présentation : 4/5 |
En savoir plus sur :
- Ivan boiko Photographe
- Somogy Editeur
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