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27/08/08 - Par JP. Houdry  - 407 visites  -  Impression (PDF) 

Voyage au pays du réel

Voyage au pays du réel

Après les Jeux Olympiques de Pékin, voici un ouvrage qui se confronte, en dehors de ses grandes métropoles, au réel de ce très grand pays. Le traversant du nord au sud, d’ouest en est, réempruntant partiellement l’itinéraire déjà tracé au début du XXème siècle par Victor Segalen, archéologue de renom.

Thierry Girard, photographe, et dont le titre de ce livre reprend celui de Segalen, va poser un regard très analytique sur le déroulement de son voyage (ses voyages). Cette volonté très synthétique de rendre compte de l’important dans sa description paysagiste- qu’elle soit de l’ordre du paysage de la nature chinoise ou de celui d’une réalité plus urbaine- tend à faire de notre homme un sage de la photographie ! Il ne suffit pas en effet de courir après son sujet, mais de laisser venir à soi l’âme de celui-ci. Thierry Girard n’est pas un reporter au sens de l’événement, il est au contraire celui qui va poser son regard. Muni d’un appareil grand format, presque caché derrière le pied télescopique réglé au niveau à bulle ( photos pages 1 et 176 ), notre photographe contemple, balaie de son regard l’espace choisi et rend compte du réel de la scène à un certain moment décisif ! Ainsi, au fil du temps, au cours de son périple, on acquiert une sorte de connaissance des paysages traversés de cette Chine immense ou se côtoient les signes de la tradition et ceux de la modernité naissante. Le troisième voyage du photographe le libérera un peu de son approche distanciée en lui donnant l’envie de photographier de plus près les gens ( cf. les portraits statufiés, mais ô combien sensibles arrachés à l’anonymat des espèces ).


Le point de vue de Thierry Girard est donc toujours un peu distancié, mais son cadrage rigoureux organise de façon méthodique une sorte de tableau vivant. Tout y est organisé, les personnages se meuvent dans l’espace tandis que le photographe décide d’appuyer à l’instant « T » ! Cette manière d’être aussi scrupuleux, attentif aux mouvements de la scène nous permet de découvrir un nombre important d’informations sur les lieux photographiés. Le photographe nous donne une sorte de quintessence à découvrir, en même temps qu’il nous apprend à dénombrer les éléments de la connaissance. La photographie de Thierry Girard n’est pas anecdotique, elle tend au contraire à résumer le lieu de la scène. Inutile de prendre dix mille clichés, un seul bien construit permettra de se faire une idée !

Le paysage chinois est dur, très dur, figé le plus souvent dans une pesante lumière grise. Les villes avec leur architecture des pays de l’est monotone et répétitive apparaissent tristes. Les villages ou les petites cités encombrées de gravats et de détritus montrent combien la Chine a de progrès à faire pour sauver son environnement. Ici, tout paraît un peu délabré, les tristes tremblements de terre du printemps 2008 nous ayant habitué à cette vision âpre, rude. Le pays est rude, les paysages sont vastes et grandioses, il semble que les hommes soient un peu dépassés par l’ampleur de la tâche. Le sol paraît toujours érodé, ici point de bitume auquel nous sommes habitués ! Eboulements, glissements de terrains, inondations sont toujours possibles. La terre chinoise est empreinte de cette dramaturgie.


Pour ma part, j’aime cette photographie- nous l’avions compris !- qui montre une réalité forte. J’aime cette façon de poser l’appareil, de regarder autour les éléments s’organiser dans une composition finale. « Voilà, c’est ça ! ». La Chine ancestrale est là avec ses turbulences, sa difficile montée vers un univers moderne moins rugueux : un univers de sols caillouteux ou fangeux, un espace vêtu de constructions à la va-vite, des gens à peine sortis d’un passé agricole, une « misère » humble et respectueuse. Cet anti-voyeurisme de Thierry Girard fait naître une réflexion, un arrêt sur images, un besoin de témoigner comme l’archéologue faisant ressurgir le passé. Le beau texte de Christian Doumet, en fin d’ouvrage, sent bon, lui aussi, la poétique qui colle à la peau du voyageur qui traverse ces contrées séculaires.



Informations pratiques, notation et achat :

Voyage au pays du réel
Thierry Girard, Christian Doumet
Editeur : Marval (1 novembre 2007)
Relié : 173 pages
Langue : Français
ISBN-10 : 2862344079
ISBN-13 : 978-2862344072
Intérêt du sujet : 5/5
Photographies : 5/5
Mise en page et impression : 5/5
Texte : 5/5
 


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