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18/09/07 - Par Loïc Fel (usage interdit)  - 2012 visites  -  Impression (PDF) 

Weegee

Weegee - Construction d'un imaginaire

Construction d’un imaginaire

« Weegee », aux éditions Gallimard, rassemble les clichés de la collection Hendrik Berinson présentés dans le cadre de l’exposition consacrée à ce photographe au musée Maillol du 20 juin au 15 octobre 2007. Introduit par les textes d’Olivier et Bertrand Lorquin, les 224 clichés offrent une vision particulière du travail de Weegee, et correspondent tous à un imaginaire précis, celui que nous avons gardé en mémoire des années 40 et 50 sur la côte Est des Etats-Unis. Outre l’importance de ce photographe atypique dans l’histoire de sa discipline, et outre la nostalgie que certains éprouveront face à des clichés très expressifs, ce que cet ouvrage permet d’entrevoir, c’est ni plus ni moins comment se fabrique un imaginaire collectif.

Arthur Fellig, né Usher Fellig et plus connu sous le pseudonyme de Weegee (1899 –1968) est un personnage symbolique des mythes états-uniens du melting-pot et dans une certaine mesure du self made men. Immigré aux Etats-Unis dans les troubles de l’Histoire du début du XXe siècle, issu d’une région européenne elle-même multiculturelle et qui change de tutelle d’influence au cours de cette période, le futur Weegee paraît presque prédestiné à s’intégrer dans la société cosmopolite de New York où il parvint, de fil en aiguille, à intégrer un laboratoire de photographie puis à devenir lui-même le photographe que l’on connaît, avec une riche activité de photojournalisme aux pages faits-divers. C’est précisément sur cette période que porte le livre Weegee.

Ainsi, c’est un Weegee soigneusement choisi qui nous est présenté, et l’histoire de l’art se construit elle-même comme un imaginaire, ici par les choix du collectionneur. Cette assertion est bien évidemment valable pour toutes les rétrospectives, mais le cas Weegee est canonique en ce que l’artiste, les conditions de choix des photographies comme leur contenu participent tous de la construction de l’imaginaire. Ainsi, c’est le collectionneur Hendrik Berinson qui en véritable commissaire d’exposition a rassemblé et sélectionné un ensemble de « vintage » de Weegee avec beaucoup de cohérence, donnant lieu à la légitimité de leur présentation commune. Cette cohérence, historique et thématique, définit clairement le travail de Weegee tel que notre mémoire collective le conservera.


L’imaginaire en question, celui du New York de la prohibition à la fin des années 40, ne manque ni de piquant ni de vitalité, avec les séries sur les célébrités de l’époque, les témoignages sociaux que constituent les clichés mettant en scène les citadins entre richesse et pauvreté, entre émotion et sommeil, et surtout les crimes, les images chocs qui ont caractérisé une certaine presse et n’ont cessé depuis de fasciner collectivement et de servir le marketing de tout un pan de l’économie contemporaine.

Parce qu’au-delà du témoignage anthropologique et historique, le travail de Weegee fait date dans la photographie, parvenant à élever jusqu’à des niveaux de subtilité inattendus la perception du quotidien, et plus encore de la violence, toujours avec un humour décalé, peut-être choquant, mais qui permet aux photographies d’être supportables lorsque les événements représentés sont tragiques. Plus généralement Weegee donne une image spontanée et dynamique de la pratique du photojournalisme au détriment d’une esthétique où la rigueur étoufferait toute vitalité.


C’est ainsi que Weegee dépasse tout cadre historique et hisse des photographies ponctuelles jusqu’à l’expression d’une certaine universalité. Par exemple la série des portraits de personnages endormis rapproche, dans la même situation, un ensemble bigarré de personnages, faisant du sommeil un état universel. De même, la récurrence de l’ironie jusque dans les situations les plus tragiques semblent nous dire que rien, ni le temps, ni les circonstances, n’est isolé ou suffisamment sérieux pour échapper à l’ironie de la vie qui continue et qui nargue les situations les plus graves par la truculence du quotidien que rien n’arrête malgré sa simplicité et parfois sa médiocrité.

Alors, ce livre, non content de divulguer les conditions de la construction d’un imaginaire collectif et des processus à l’œuvre dans l’histoire de l’art, nous offre également un ensemble de clichés dynamiques, souvent emprunts de spontanéité, et qui pourtant parviennent à induire un sentiment d’universalité décalé. Une œuvre originale qui mérite d’être découverte, ou à retrouver avec nostalgie et amusement.



Informations pratiques, notation et achat :

Nombre de Pages : 223
Date parution : 21 juin 2007
N° ISBN : 2070785076
Broché, couverture souple
Prix : 35 Euros
Nos appréciations :
Sujet : 5/5
Photos : 5/5
Textes : 3/5
Esthétisme : 4/5
 


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