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Communiqué  - 5520 visites  -  Impression (PDF) 

Willy Ronis à Paris

Willy Ronis à Paris

À l’occasion du quatre-vingt-quinzième anniversaire de Willy Ronis, la Ville de Paris rend hommage au plus parisien des photographes vivants. Willy Ronis a traversé le siècle avec son appareil photo, et connu toutes les facettes du métier de photographe des années vingt à nos jours. À travers photographies, films et archives personnelles, il raconte ses souvenirs parisiens et évoque son histoire et celle de ses photographies.

Né en 1910 dans le 9e arrondissement, cité Condorcet, Willy Ronis, après des études de musique et de droit, commence à photographier Paris. En 1936, au décès de son père et à la faillite de son studio de portrait, il s’essaie au reportage en effectuant des piges pour la presse de gauche, dont il se sent proche. Après la guerre, où il s’est réfugié en zone libre, il décroche des commandes pour de grands magazines comme Time, Life, Point de Vue, Regards, et entre à l’agence Rapho. C’est l’âge d’or de la photographie humaniste française, et Willy Ronis couvre tous les sujets parisiens. En 1947, il commence à arpenter Belleville, ce qui donnera naissance à un livre culte Belleville-Ménilmontant, maintes fois réédité depuis 1954. Le tournant des années 1960 amorce une période moins prospère et Willy Ronis quitte Paris en 1972. Il s’installe à l’Isle-sur-la-Sorgue et se consacre dès lors à l’enseignement et à des reportages en Provence.

C’est alors que surgit l’inattendu. Alors qu’il atteint l’âge de 70 ans, un éditeur lui propose de rassembler ses photographies dans un livre rétrospectif. Paru en 1980, Sur le fil du hasard obtient le prix Nadar et relance brusquement Willy Ronis sur le devant de la scène. Ses images font l’objet d’un incroyable engouement, et de nombreuses personnes se reconnaissent sur ses photographies. Livres, publications, expositions se succèdent, à Paris, New York, Moscou, Oxford. Il décide alors de revenir à Paris, dans son cher 20e arrondissement, où il vit encore aujourd’hui. Il recommence à photographier, et travaille à la relecture et à la réédition de ses photos. En 1983, Willy Ronis a légué son oeuvre à l’État français.

L’exposition retrace ces soixante-quinze ans de photographie, et fait appel au don de conteur de ce grand amoureux de Paris.

J’ai eu mon premier appareil à quinze ans. J’ai fait ma première photo de Paris deux ans plus tard, en 1927 : la tour Eiffel, bien sûr. Parisien de naissance, il était normal que ma ville, ceux que j’y croise, qui y peinent et s’y distraient soient mes motifs naturels.

Le grand honneur d’exposer mon travail sur Paris dans le salon d’accueil de l’Hôtel de Ville, j’y suis extrêmement sensible et je tiens à en exprimer ici ma sincère gratitude.

La quasi-totalité des images présentées sont des photographies de hasard, parce que mon appareil ne me quittait jamais et parce que la rue offre à l’esprit curieux un spectacle permanent.

Ma vision fut-elle totalement objective ? Je serais présomptueux d’y prétendre. J’ai du moins veillé à demeurer honnête, à ne pas truquer, à respecter mes semblables. Ma modeste fierté est, je l’espère, d’y être parvenu.

 

Willy Ronis, juin 2005

Lorsque la Ville de Paris m’a fait l’honneur et le plaisir de me confier le commissariat d’une exposition sur Willy Ronis et Paris, je me suis trouvée confrontée au difficile exercice qui consiste à opérer une brève sélection dans une oeuvre impressionnante par sa longévité. Soixante-quinze ans de photographie et plus de 90 000 négatifs, ce n’est pas rien. Les choix adoptés dans cette exposition sont donc nécessairement subjectifs et dictés par un certain nombre de partis pris.

Il m’a semblé tout d’abord essentiel de mettre en avant l’importance et l’originalité de l’oeuvre de Willy Ronis dans l’histoire du XXe siècle, et dans l’histoire de la photographie en particulier, des années 30 à nos jours. En particulier la période des années 40 et 50, qui correspond à l’âge d’or de ce qu’on a appelé l’école humaniste française, avec le point d’orgue que constitue la série de Belleville Ménilmontant.

Il me paraissait aussi important de mettre en avant les dessous du métier de photographe à Paris et son évolution des années vingt à nos jours. Car le processus de fabrication photographique, les aventures et les méandres de la carrière de photographe apportent autant d’éclairages sur le sens et l’existence de l’image. C’est pourquoi j’ai tenu à ce que soient présentés dans l’exposition de nombreux documents et publications d’époque, inédits ou rares.

Enfin, il y a l’homme Willy Ronis. Celui qui su capter, plus qu’aucun autre, les Parisiens dans leur vie de tous les jours, au fil du siècle. Qui a arpenté les rues à la recherche des mystères de Paris. Et qui, malgré les doutes et les angoisses, a toujours fait preuve d’une persévérance, d’une pugnacité et d’un désir sans cesse ravivé de croire en la grandeur des petits bonheurs quotidiens. C’est cette remarquable constance qui fait de ses images une oeuvre unique en son genre.

 

Virginie Chardin, commissaire de l’exposition.

Scénario de l’exposition :

- ÉPOQUE 1 : de la cité Condorcet au boulevard Richard-Lenoir (1910-1936)
- ÉPOQUE 2 : les débuts dans la profession (1936-1939)
- ÉPOQUE 3 : l’intermède de la guerre (1939-1944)
- ÉPOQUE 4 : "Une folle soif d’images" (1944-1959)
- ÉPOQUE 5 : de 1960 à nos jours

Les amoureux de la Bastille, 1957

En 1957, au cours d’une de ses balades dans Paris, Willy Ronis monte au sommet de la colonne de Juillet. Après avoir pris quelques photos, il aperçoit un couple contemplant les toits de Paris, qui lui tourne le dos. Il prend vite une photo, en catimini, puis redescend. Plus tard, la photo sera beaucoup publiée, dans des magazines, des livres, en cartes postales, en posters, en puzzles. Willy Ronis, qui a l’habitude de recevoir des lettres de gens qui se reconnaissent sur ses photos, s’étonne que personne ne se manifeste. Il s’agit certainement d’un couple d’étrangers en visite à Paris, qui ignore totalement l’existence de cette photo. Mais en 1988, le hasard va les réunir. "Je faisais une exposition au Comptoir de la photographie, une très jolie petite galerie rue du Faubourg-Saint-Antoine, sur le thème des amoureux, à l’occasion de la Saint-Valentin", raconte Willy Ronis. "Il y avait mes photos au mur et mes livres sur le comptoir. Un monsieur s’approche de moi avec mon livre sous le bras, et il me demande de le lui dédicacer. Puis soudain il me confie : "Vous savez, Monsieur, vos amoureux de Paris, ils ne sont pas bien loin, à quatre cents mètres d’ici, de l’autre côté de la colonne. Je les connais depuis toujours, ils tiennent un bistrot et quand ils prennent leurs vacances, c’est moi qui les remplace au comptoir. C’est tout juste si je ne suis pas tombé par terre ! Je suis allé les voir, ils s’appelaient Riton et Marinette, et j’ai vu qu’ils avaient le poster encadré dans le café, qui se trouvait à l’angle de la rue du Faubourg-Saint-Antoine et de la rue des Tournelles. Ils m’ont accueilli cordialement. Ils n’étaient montés qu’une seule fois sur la colonne, ils s’en souvenaient parfaitement. Ils venaient de l’Aveyron et, à l’époque, ils n’avaient pas encore le bistrot. Ils ne l’ont eu que deux ou trois ans plus tard, alors qu’ils étaient mariés. Et le plus étonnant, c’est que sur la photo, dans la direction où ils regardent, on voit le coin de l’immeuble où se trouve le bistrot !"

 

Extrait de Virginie Chardin, Paris et la photographie. Cent histoires extraordinaires, de 1839 à nos jours, Parigramme, 2003.

La péniche aux enfants, 1959

Ma photo où le hasard a joué le plus grand rôle est sans conteste La péniche aux enfants. C’était en janvier 1959. Je me trouvais sur le pont d’Arcole, et je vois, remontant la Seine, un train de péniches énorme. J’avais fait déjà une vingtaine de clichés, et je me disais "bon, ça va suffire." Je m’apprêtais donc à repartir. Et puis, je ne sais pas ce qui s’est passé, j’ai dû être alerté par quelque chose. Était-ce des cris d’enfants ? C’est possible. Je me suis penché, et j’ai vu arriver sous moi la dernière péniche du train, avec deux petits gosses dans le fond de cette péniche vide, qui jouaient comme dans une cour d’immeuble. Alors là, je n’ai pas eu le temps de voir si j’étais bien sur l’infini et si j’avais le bon objectif. J’ai visé et j’ai appuyé. J’ai rarement eu le coeur aussi battant que sur le chemin du retour, jusqu’au moment où j’ai terminé le développement du film. Parce que je m’étais rendu compte que j’avais vécu un moment exceptionnel, et que si je pouvais en tirer une bonne image, ce serait vraiment un beau cadeau. Eh bien, je n’ai pas été déçu, ça a été un beau cadeau. J’ai eu de la chance.

 

Citation de Willy Ronis extraite du film Autoportrait d’un photographe, de Michel Toutain et Georges Chatain, 1983, 52’ (production Pyramide Productions).

Avenue Simon-Bolivar, 1950

Cette photo, je l’ai faite en 1950. J’étais là, dans cet escalier, j’attendais quelque chose, parce que je voulais qu’il y ait un peu de monde qui passe. À un moment donné, j’entends une voix de femme derrière moi, qui parlait à son enfant, qu’elle tenait dans ses bras. J’ai attendu qu’elle me dépasse, et miracle, miracle qui arrive quelquefois dans la photographie : quand elle est arrivée en bas, est passé cet attelage étonnant - car même en 1950 il n’y avait plus tellement d’attelages avec des chevaux. Et ce qui est amusant, c’est qu’il y a en même temps cet ouvrier municipal, qui en train de réparer ses feux tricolores, et des femmes qui promènent leurs enfants dans des poussettes derrière. Et puis le petit cordonnier qui parle avec le client. Et le petit chat noir, en bas de l’escalier. C’est une photo pleine d’histoires !

 

Citation de Willy Ronis extraite du film Autoportrait d’un photographe, de Michel Toutain et Georges Chatain, 1983, 52’ (production Pyramide Productions).

Autoportrait au parachute, 1994

Voici trois ans environ, un de ces magazines que la télévision ajoute à ses informations nous montre un baptême de parachutisme en tandem (...) Pourquoi pas moi ?

Muni du certificat médical approprié, rendez-vous est pris pour un après-midi d’août 1994. Me voilà donc sur le terrain de la Ferté-Gaucher, revêtu d’une combinaison jaune canari et montant dans l’avion en compagnie de Bob Martinez, mon sympathique moniteur. Nous sommes assis par terre au fond de la carlingue, derrière une dizaine de sportifs entraînés, qui vont parfaire en l’air leurs figures en rosaces, en vue de futures démonstrations en championnat. Bob m’arrime solidement contre lui - moi devant - et nous nous traînons vers la porte ouverte et les jambes dehors, alors que tous les autres ont déjà sauté individuellement en poussant des cris joyeux. Ma joie à moi est un peu plus retenue, mais je n’ai pas le temps d’analyser mes états d’âme. Avec un "on y va" qui retentit derrière ma tête nous basculons dans le vide en tournoyant jusqu’à ce que nous étendions les bras comme convenu, en position horizontale, pour nous stabiliser dans la position d’anges planant. La sensation est violente, car c’est très vite du 145 km à l’heure, face au sol, pendant les 45 secondes de la chute libre. "Attention", me crie mon compagnon à l’oreille. Selon le protocole imposé, je croise mes bras sur ma poitrine et le parachute se déploie à 1 500 mètres du sol, avec un choc somme toute modéré.

Alors c’est le nirvana. Pendant quelque sept minutes, nous allons descendre dans le silence et les évolutions élégantes que l’ami Bob imprime à notre vaisseau volant. Je sors mon Minox de ma poche-poitrine et je le tends à bout de bras devant moi pour faire quelques clichés-souvenirs de nous deux, au jugé. L’un d’eux paraîtra le lendemain dans Libération. La réception au sol s’accomplit en douceur. J’ai recommencé début septembre 1995. Cette fois-là j’avais emmené mon "Horizont" à balayage pour élargir le champ couvert. C’est la photo ici publiée.

 

Extrait de Derrière l’objectif de Willy Ronis. Photos et propos, Hoëbeke, 2001.


Informations pratiques :

Willy Ronis à Paris
Du 19 octobre 2005 au 18 février 2006
Salon d’accueil de l’Hôtel de Ville
Commissaire de l’exposition : Virginie Chardin
Scénographe : Laurence Fontaine
 


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