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Communiqué
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Yto Barrada au Jeu de Paume, site Sully

Cette exposition est présentée dans le cadre du Festival francophone en France, « francofffonies ! », en partenariat avec Télérama. Cette artiste, née en 1971, marocaine et française, partage son temps entre Paris et Tanger.
Son travail - photographies et vidéos - exprime sa double appartenance culturelle, et pose la question du « passage » entre le Sud et le Nord, le Maghreb et l’Europe. Dans un texte intitulé Le détroit ou une vie pleine de trous (1998-2004), Yto Barrada observe "le désir d’occident" des laissés-pour-compte de l’Afrique, clandestins de l’émigration, prêts à franchir le Détroit pour échapper à leur sort et découvrir un nouveau monde, quel qu’en soit le prix à payer.
Même effondré, le rêve colonial nous a laissé en héritage un régime inique de gestion et de perception de la mobilité entre Nord et Sud de la Méditerranée. Dans ce goulet d’étranglement nommé Détroit de Gibraltar, le droit de visite est désormais unilatéral. Ce territoire de l’entre-deux a l’étonnante particularité d’être marqué par la coïncidence entre un espace physique, un espace symbolique, un espace historique et, enfin, un espace intime. (...) Quand je photographie à Tanger, je ne peux pas ignorer que je suis dans la ville natale de mon père, où ma mère est venue se perdre. Je ne cherche pas à dramatiser la tentation et les dangers du départ. En revanche, je n’ai jamais vraiment bien su moi-même où je suis quand je parcours cette ville, dans quelle histoire. Je peux photographier tous les habitants qui veulent la quitter, mais moi, j’y reviens toujours et j’y vis dans le confort de la maison maternelle. Dans mes images, j’exorcise sans doute la violence du départ (des autres) mais je me remets dans la violence du retour (à la maison). L’étrangeté est celle d’une fausse familiarité. Je photographie des tentations, et non pas d’ailleurs de véritables tentatives, à la façon du reportage. Dès que je suis de retour à Tanger, je suis de nouveau en état d’absence, je m’absente. Il y a peut-être un rapport entre cette expérience très personnelle et la situation d’une population qui cherche à partir du pays, qui n’y a pas trouvé sa place. J’ai commencé à photographier la maison de ma mère, la violence des rapports domestiques et bien sûr, j’y retrouve au plus proche, bien plus proche, le peuple qui rêve d’absence.
Belvédère, Figure 1, Tanger 2003 - 58 x 49,5 cm Tirages C-type© Yto Barrada Courtesy Galerie Polaris
Une vie pleine de trous - le projet du détroit
En arabe, tout comme en français et en anglais, détroit conjugue étroitesse et détresse. L’entreprise coloniale a laissé un héritage complexe qui a façonné en profondeur le bassin méditerranéen et remodelé l’image et l’usage du Détroit de Gibraltar. Avant 1991, les Marocains munis d’un passeport avaient toute latitude de voyager en Europe. Mais depuis les Accords de Schengen, le droit de visite, désormais unilatéral, ne s’exerce qu’au bénéfice des seuls Européens. Toute une génération de Marocains a donc grandi les yeux rivés sur le Détroit, cet espace singulier et troublant, un lieu où se recoupent les dimensions physique, symbolique, historique et intime. De Tanger, par temps clair, l’horizon des côtes marocaines est proprement espagnol. Le Détroit - devenu depuis deux décennies la porte d’entrée principale de l’émigration clandestine vers l’Europe - est aujourd’hui un vaste cimetière marocain. La nouvelle émigration diffère de celles qui l’ont précédé. Elle a son vocabulaire, ses légendes, ses chansons et ses rituels. On ne dit plus « il a émigré » mais « h’reg » : il a brûlé - brûlé ses papiers, son passé, une fois sur deux sa vie même. À travers l’Afrique, les exploits des brûleurs ou des brûlés courent les rues et leurs récits attisent la tentation de l’ailleurs. Et Tanger, longtemps délaissée, comme l’ensemble du nord du Royaume, est devenue la ville butoir de milliers d’espérances. Au travers d’une série d’images qui soulignent la tension, si continûment palpable dans ma ville, entre la dimension allégorique et la réalité brute, immédiate, je tente de mettre en lumière la nature métonymique du Détroit. Dans mes photographie, j’essaie d’exorciser la violence du départ (des autres) tout en vivant l’expérience, qui n’est pas dépourvue de violence, du retour (à la maison). Il y a peut-être un rapport entre cette expérience très personnelle et la situation d’une population qui cherche à partir du pays, qui n’y a pas trouvé sa place. L’étrangeté qui en résulte reflète une fausse familiarité. Je cherche à saisir des tentations et non pas , à la façon d’un reportage, de véritables tentatives. Ici point de passants innocents, de simples flâneurs. Plutôt que la nostalgie d’une ville ghetto internationale, je voudrais montrer comment s’inscrit cette obstination du départ qui marque un peuple.
Yto Barrada
Informations pratiques :
Yto Barrada au Jeu de Paume, site SullyDu 31 mars au 11 juin 2006
Hotel de Sully (Paris 4ème)
En savoir plus sur :
- Yto barrada Photographe
- Jeu de Paume - site Hôtel de Sully Lieu d’expo
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