Communiqué
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Birmanie, rêves sous surveillance

À l’occasion de la sortie du livre Birmanie, rêves sous surveillance (éditions Autrement), l’exposition de photographies noir et blanc par Manon Ott & Grégory Cohen présente un reportage sur la situation politique et sociale birmane qu’ils ont mené au cours de six séjours en Birmanie entre 2003 et 2007. Leurs photographies s’alternent avec des portraits accompagnés de témoignages d’opposants, d’écrivains et d’artistes birmans qui racontent comment la résistance des esprits est devenue en Birmanie une culture à la fois intime et nationale.
Septembre 2003.
Suite à quelques lectures nous ayant marqués, nous partons en Birmanie, réaliser l’un de nos premiers reportages. Nos intentions étaient alors de faire des images pour témoigner et susciter une prise de conscience des violations des droits de l’homme par le régime militaire birman. Pourtant, ce reportage peine à aboutir. Tout semble mis en scène pour donner l’illusion d’un décor paisible ; celui du « pays aux mille pagodes ». Un certain nombre de lieux et de régions sont interdits d’accès aux étrangers : les abords de la maison d’Aung San Suu Kyi, les bidonvilles aux alentours de Rangoon ou encore les « zones de conflit » avec les minorités ethniques. L’envers du décor n’apparaît donc qu’à de rares occasions.
Au fil des rencontres et en multipliant les séjours en Birmanie, nous comprenons que loin de résister dans la passivité face à l’oppression de cette junte militaire au pouvoir depuis 1962, une « résistance déguisée » s’organise chaque jour. Avec quinze noms de plumes différents et un recours constant aux figures de style, Ludu Sein Win multiplie les subterfuges pour contourner la censure. Il refuse de céder à la peur, mais il admet que ce sont parfois ses libertés les plus « intimes » qui lui échappent. « Ils voudraient même contrôler nos pensées ». Au quotidien, c’est aussi contre l’absurdité, que les auteurs sont contraints de se battre. Tableau interdit pour avoir utilisé de manière excessive la couleur rouge, condamnation à sept ans de prison des Frères Moustache pour avoir ironisé sur la corruption des forces de l’ordre au cours d’un spectacle. Par ces mesures coercitives, la junte espère décourager tout esprit de dissidence.
Pourtant, à y regarder de plus près, entre les lignes ou en privé, un certain nombre d’attitudes et d’actions sont l’expression d’un non-conformisme politique. Aussi épars et anodins qu’ils puissent sembler, ces comportements n’en sont pas moins des signes de courage et d’insoumission. Le signe que, peu à peu, la dictature se fissure. Ce sont donc ces cultures que le pouvoir démantèle mais qui renaissent, ces histoires de vie détournées mais pas détruites et ceux qui à leur manière résistent au quotidien qui retiennent notre attention. Nous oublions peu à peu notre désir de témoigner d’une situation politique pour privilégier l’aspect humain et personnel du vécu sous dictature.
En même temps que notre itinéraire en Birmanie est guidé par ces rencontres, nous déambulions dans les rues de Rangoon à la recherche de scènes et d’indices, de regards et d’attitudes qui exprimeraient notre propre ressenti vis à vis de ces histoires birmanes. Plutôt que de chercher à « capter la réalité », nous lui extirpons ce que nous en ressentons en la regardant. Les évènements ne sont pas spontanément signifiants. Comme un jeu de cartes discrètement jeté au sol, ils prennent leur sens parce que le regard se prolonge sur eux et s’y arrête en les photographiant.
Les photographes
Manon et Grégory sont tous deux photographes et cinéastes documentaristes. Ils travaillent ensemble sur de nombreux projets et résident à Paris.
En parallèle de recherches en sciences sociales, ils ont suivi des formations en photographie et en cinéma documentaire. Le premier film de Manon, « Yu », un documentaire noir et blanc sur le parcours solitaire de Yu, une jeune demandeuse d’asile birmane venant d’arriver à Paris, a été sélectionné dans plusieurs festivals internationaux (Cinéma du réel, FIPA…). Grégory est notamment l’auteur du film « Petits aménagements avec l’Occident », un documentaire qui questionne la rencontre entre deux cultures et tous les malentendus qui en découlent à travers le quotidien d’un moine bouddhiste vivant en France.
Leur double formation les a menés vers une démarche documentaire en photographie comme en cinéma avec ce désir de réfléchir au travers des images sur des enjeux contemporains de nos sociétés, de s’interroger sur le rôle des images et sur la question du regard, sur la place de celui qui « regarde » et sur son rapport à l’Autre.
Aujourd’hui, ils travaillent en tant que co-réalisateurs sur le long métrage "Derrière les temples de l’Inde moderne" soulevant la question des populations déplacées par les grands barrages en Inde et sur un projet de film en Birmanie.
En 2003, ils ont fondé avec d’autres photographes et cinéastes documentaristes le collectif Les yeux dans le monde.
Informations pratiques :
Birmanie, rêves sous surveillance (exposition photo et festival)Photographies de Manon Ott et Grégory Cohen
Les 7 et 8 mai
Les Voûtes (Paris 13ème)
Entrée libre
Vernissage le 7 mai dès 18H
En savoir plus sur :
- Grégory cohen Photographe
- Manon ott Photographe
- Les Voûtes Lieu d’expo
- Les Yeux dans le Monde Organisation
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