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Par Delphine Séris
22/04/09 1760 visites Impression (PDF) |
Livre photo art, photographie contemporaine
Hyper

Denis Darzacq
Après La Chute (2005-2006), Hyper : même dispositif. Un corps arrêté en plein vol, en plein saut, dans un lieu inattendu pour l’exercice. Le cadre a changé -les allées de centres commerciaux succèdent aux extérieurs urbains et anonymes-, mais il s’agit encore de photographier, sans la béquille numérique de l’insert, les performances immobiles de jeunes danseurs.
Le fonctionnement des séries est le même : dans les deux cas, une lecture politique est possible. On a pu voir dans La Chute, contemporaine des émeutes de 2005, un traitement original et métaphorique de la crise des banlieues : on lit dans les images d’Hyper une critique de la consommation de masse. Ces jeunes gens en apesanteur, ravis en eux-mêmes, perturbent la fonction première des lieux ; ils sont, littéralement, « hyper », c’est-à-dire au-delà ou au-dessus de cette profusion de produits pour lesquels ils n’ont pas un regard. Comme pour mieux en dénoncer la séduction facile, Denis Darzacq reprend certains codes des images publicitaires : les couleurs vives des vêtements portés par les danseurs renforcent celles des marchandises qui saturent l’arrière-plan, shampoings, fleurs ou bassines en plastique, packagings toujours plus lancinants et criards. On est loin, de fait, des teintes aphones de la série La Chute, de cette grisaille urbaine qui contaminait les corps condamnés au bleu marine, au noir, au beige. Du coup, cette série semble moins dramatique : c’est aussi que la commande passée aux jeunes sportifs n’est sensiblement pas la même. Dans un cas les corps jouent la chute, comme précipités d’une fenêtre lointaine. Dans Hyper, les corps ne sont plus dans ce tête-à-tête horizontal avec le bitume : verticaux, ils semblent flotter dans une sorte de lévitation tranquille, un temps suspendu qui n’implique pas le fracas d’un retour sur terre.
Toute la question est de savoir si cette série nouvelle réussit à excéder ce discours critique, si l’on peut voir dans ces images autre chose qu’un procès de la consommation de masse. Ce n’est pas sûr : ces vitrines réfrigérées, ces allées où les néons creusent des lignes de fuite sont plus immédiatement signifiantes que les façades vides servant de décor aux photos de La Chute. Les arrière-plans, d’une certaine façon, collent, ce qui rend difficile une lecture plus naïve, dégagée de l’obligation de signifier. Cette suspension possible du sens qui faisait de La Chute un vrai moment de merveilleux photographique est problématique ici : on retombe toujours sur ce qui est devenu un poncif dans le champ de l’art contemporain. Ça plombe un peu l’ensemble, malgré la légèreté des corps. Ou est-ce l’effet de déjà-vu, de resucée d’un dispositif qui perdrait de sa force et de son potentiel d’incongruité à être ainsi décliné ?
Le livre s’ouvre sur une autre série, Casques de Thouars, selon une logique éditoriale assez surprenante. A priori, aucun rapport entre ces extases d’hypermarchés et ces dix portraits de jeunes gens, garçons et filles, posant de face ou de profil avec leur casque de moto-cross sur la tête. La construction de la série, qui encadre les « portraits casqués » de deux photos de cette petite commune du Poitou-Charentes, donne peut-être une piste : dans les deux cas, Denis Darzacq travaille l’inscription des corps dans l’espace, et joue sur un effet de décalage. Ici, la tension naît de l’écart manifeste entre cette bourgade photographiée comme une province déserte où rien n’advient, et ces figures de chevaliers modernes dont la parure dit le désir de vitesse et d’aventure. Les flammes, les inscriptions (Spider, HJC, Nitro...) qui ornent les casques ainsi que leurs mentonnières prognathes transfigurent ces jeunes en clones de Dark Vador, en créatures étranges comme sorties d’un univers virtuel où, enfin, l’on peut vivre.
Infos pratiques, notation et achat :
| Hyper Photographies de Denis Darzacq Relié : 64 pages Editeur : Filigranes (19 février 2009) ISBN-10 : 2350461637 ISBN-13 : 978-2350461632 30 euros |
En savoir plus sur :
- Denis darzacq Photographe
- Filigranes Editeur
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